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Construire des projets durables dans la santé : partir du terrain sans s’y enfermer Dans les secteurs de la santé et du médico-social, les transformations organisationnelles, pédagogiques ou numériques ne peuvent plus être conduites uniquement « d’en haut ». Les logiques descendantes — qu’on appelle top-down — sont utiles pour donner un cadre, une vision, des référentiels. Mais elles atteignent vite leurs limites lorsqu’elles ne tiennent pas compte des réalités du terrain, de la créativité des équipes, et des contraintes spécifiques vécues au quotidien.

À l’inverse, une dynamique bottom-up — qui part du terrain, de l’expérience, des besoins exprimés par les professionnels — peut être plus rapide, plus concrète, plus adaptée. Mais elle risque l’éparpillement ou le manque de structuration si elle ne se connecte pas à un cadre partagé.

L’expérience COVID : révélatrice du potentiel du terrain Pendant la crise sanitaire, de nombreuses initiatives locales ont vu le jour, souvent en l’absence de directives immédiates, parfois en complément ou en adaptation des instructions nationales. Citons par exemple :

les bulles de visite improvisées dans certains EHPAD,

des groupes de soutien entre soignants en réanimation,

des réaffectations internes décidées collectivement,

la mise en place de groupes WhatsApp ou de plateformes partagées,

des scènes simulées pour former rapidement aux gestes barrières ou aux respirateurs.

Ces initiatives montrent qu’agir à partir du terrain n’est pas un choix militant, mais souvent une nécessité organisationnelle et humaine.

Structurer l’expérience : de Kolb aux plans d’abstraction Pour éviter que ces initiatives ne restent des solutions isolées, il faut outiller leur capitalisation et leur diffusion. Deux approches complémentaires me semblent particulièrement utiles dans ce contexte :

🔁 Le cycle d’apprentissage de Kolb (1984) David Kolb propose un modèle en quatre temps :

Vivre une expérience concrète,

Observer, réfléchir,

Conceptualiser, modéliser,

Tester une nouvelle action.

Ce cycle permet de transformer une expérience individuelle ou collective en apprentissage transférable. Il est particulièrement pertinent dans une dynamique bottom-up structurée.

🔍 La démarche des plans d’abstraction De mon côté, j’ai développé dès 2010 une démarche que j’ai appelée « plans d’abstraction », utilisée notamment pour l’analyse de pratiques en formation et en accompagnement d’équipes. Elle distingue plusieurs niveaux :

le plan pratique : ce que je fais,

le plan réflexif : pourquoi je le fais,

le plan méthodologique : selon quels critères ou cadres,

le plan épistémologique : à partir de quelles représentations ou valeurs.

Cette grille permet de rendre visible et partageable la complexité d’un acte professionnel, de clarifier ce qui est implicite, et de structurer les apprentissages ou les projets nés du terrain.

Une formation et une transformation en mouvement Former autrement ou construire des projets autrement, c’est refuser l’opposition stérile entre consigne et improvisation, entre injonction et expérimentation. C’est reconnaître la nécessité de faire circuler le sens, les idées et les pratiques dans les deux sens : du terrain vers la stratégie, et de la stratégie vers le terrain.

C’est dans ce va-et-vient que se construit une véritable intelligence collective, au service de l’amélioration continue et de l’engagement des équipes.

Image Jonny Gios sur unsplash.com